Là où les patients m'emmènent

Là où les patients m'emmènent

« De ma vie, ce dont je me souviens avec le plus de bonheur, c’est la relation thérapeutique que j’ai nouée avec mes patients. Pour la plupart, ils souffraient de graves psychoses. »

Photos : Dominique Détune

Disponible 19,90 €

Il fut un temps où Georges Lewkowicz rêvait d'être un pianiste de bar qui distrairait les clients entre deux verres, deux cigarettes.

Comme sur le clavier d’un Steinway, il a su jouer des émotions en écrivant ses confidences de psychiatre hospitalier, qui portent sur quarante-sept années de carrière, dont vingt en tant que médecin-chef.

Des récits de cas cliniques, des relations particulières, parfois des idées qui, simplement, déambulent ont ainsi été rassemblés dans ce recueil enrichi d'oeuvres éphémères de street art - une expression libre comme peut l'être la parole des patients dans le cabinet de Georges Lewkowicz.

Pour autant, aux côtés de l'auteur, nous ne brusquons pas les pensées des patients ni ne déchirons le voile d’alcôves intimes. Mieux : nous entrons dans la peau de Georges Lewkowicz, pour qui être médecin psychiatre fut bien davantage qu’un métier.

 

90 secondes pour découvrir le livre :

Rayon : Essais et documents

Collection : Essais littéraires

Codes Clil : 3134

Prix public TTC : 19,90 €

Date de mise en vente : mars 2019

ISBN : 978-2-490619-01-6

128 pages

Format fermé : 15x22

Impression : quadrichromie

Façonnage : carré/collé

Poids : 251 grammes

Langue : français

Bonus

Extrait de "Là où les patients m'emmènent"

TRANSFERTS

 

C’était au début des années soixante-dix et je venais d’être nommé interne. C’était mon premier poste de responsabilité, dans ce service qui ne recevait, pour quelques mois encore, que des femmes.

J’étais un tout jeune médecin plein d’allant, barbu et aux cheveux assez longs comme il convenait à cette époque, mais je croyais être sérieux puisque je venais de la Science (j’avais longtemps hésité entre les sciences et la psychiatrie), et j’approchais toute chose avec un esprit positiviste.

Était arrivée en même temps que moi une externe, « mon externe », comme on le disait à l’époque, qui dès l’abord semblait penser différemment.

Une fois par semaine, infirmières et médecins se retrouvaient en réunion d’équipe pour parler des patients, de leur évolution clinique et des décisions à prendre. Lors de la première réunion, que je voulais solennelle, une jeune femme complètement nue fit irruption dans la salle, à mon grand scandale. Elle fut promptement sortie et rhabillée, et la réunion se poursuivit.

Lors de la seconde réunion, répétition. La même jeune femme fit irruption dans la même tenue d’Ève. Elle fut de nouveau sortie et rhabillée.

 

À la fin de la synthèse, je demandai à mon externe, que je savais plus futée que moi, ce qu’elle en pensait. Elle me répondit : « Tu en es la cause » et elle poursuivit par un discours savant dont je n’entendis pas grand-chose, mais où je perçus le mot « transfert ». Je compris de son propos : « C’est de ta faute. »

J’allai voir le médecin-chef, homme d’esprit mais assez ambivalent pour ce qui concernait l’inconscient, et lui demandai conseil sur le transfert.

Il me répondit – était-ce pour me tranquilliser ? – qu’il ne connaissait qu’une sorte de transfert, le transfert des capitaux. Je devais m’apercevoir, plus tard, qu’il y avait du vrai dans cette assertion, que le transfert des capitaux procédait d’un mécanisme différent du transfert de fonds, avec tout ce que ce dernier avait de sonnant et de trébuchant.

Ce transfert concernait quelque chose de capital qui, par un simple jeu d’écritures, passait d’un lieu à un autre. Je compris que j’étais pour quelque chose dans ce qui arrivait et que le soin ne participe pas d’une activité classificatoire pourvoyeuse de la bonne procédure et du bon médicament mais nécessite un engagement d’une autre nature, qui réclame les forces de vie (la libido) qui font que nous sommes soignants pour un sujet qui nous sollicite.

Mais avant d’en arriver là, j’interrogeai le savoir. Je lus les œuvres pieuses de notre confrérie, puis questionnai ma vie sur un divan.

Et je continue de m’interroger sur ce mot que m’avait balancé mon externe pour m’interpréter la conduite de cette Ève rebelle et provocatrice.

 

Je crois que tout ce qui nous arrive dans le champ de la psychiatrie, les procédures, les protocoles, la bureaucratisation, le langage managérial qui a fait faillite partout, les mots comme normalisation, ne sont que tentatives pour faire taire à bon compte ce qu’a d’irrépressible, de scandaleux, de rebelle à tout ordre établi la folie, folie que tous nous portons aussi, au plus profond de nous.

À propos des auteurs

Georges Lewkowicz (photo DR)Né à Budapest en 1943 de parents juifs polonais qui avaient fui les persécutions nazies, Georges Lewkowicz grandit en Hongrie sous une fausse identité catholique. Le pays cesse d’être un abri sûr à partir d’avril 1944, mais la famille survit miraculeusement et s’installe en France en 1951.

Adolescent, il se rêve écrivain, metteur en scène ou physicien théorique. Finalement il entreprend des études de médecine, ce qui n’est pas sans rapport avec le désir d’une mère juive, comme il en plaisante lui-même. Il se console en se disant que Rabelais, Tchékhov, Breton et bien d’autres ont été médecins et écrivains. Il se spécialise en psychiatrie, passe le certificat d’étude spéciale en 1969, puis le concours d’interne en psychiatrie de Paris et enfin le concours de l’assistanat. Il est ensuite nommé adjoint puis praticien hospitalier.

En 1991, il devient chef de service du secteur de psychiatrie d’Asnières qui comprend places hospitalières, centres de consultation, hôpital de jour et centre de soins pour toxicomanes. Après sa retraite en 2011, il reste attaché de consultation et ces dernières années, il participe à des groupes Balint (ce sont des groupes composés de 8 à 12 soignants ayant tous des responsabilités thérapeutiques et d’un à deux animateurs de formation psychanalytique. Ils se retrouvent régulièrement pour réfléchir autour de la présentation d’un cas clinique dans lequel la relation soignant-soigné pose problème et questionne.)

Depuis 2017, il enseigne la formation à la relation thérapeutique à l’université Paris Descartes.

 

Dominique DétuneNé le jour du printemps 1956 à Boulogne-Billancourt, à quelques mètres de Paris, Dominique Détune grandit dans la fascination de la capitale toute proche.
À onze ans déjà, après avoir chapardé des tickets à sa mère, il se balade dans les rues de Paris sur la plate-forme arrière d’un TN4H, cet autobus mythique de la RATP.

Depuis une quinzaine d’années, il sillonne les rues parisiennes à la recherche de productions picturales libres : tags, graffs, peintures. Les photographiant, il a ainsi constitué ce qu’il nomme « la mémoire des murs », une collection de 7000 œuvres, toutes disparues, qu’il fait revivre lors d’expositions.

Dominique Détune est par ailleurs l’auteur de trois guides sur Paris dont un sur Belleville, son quartier de prédilection, où il a situé l’intrigue de ses trois romans.

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